Après avoir déjà traité la conduite à tenir par le propriétaire du chien mordeur, nous allons nous intéresser ici aux attitudes à suivre concernant la personne mordue.
La morsure de chien ne doit jamais être banalisée. Même lorsqu’elle paraît superficielle, elle peut provoquer une infection, léser des structures profondes comme les tendons ou les nerfs, ou nécessiter une prévention contre le tétanos, voire contre la rage dans certaines situations particulières.
Le plus important est donc d’être réactif et de suivre un protocole simple, logique et efficace.
Points clés à retenir
Première étape : laver immédiatement la plaie
Le premier réflexe est de laver la plaie sans attendre.
Il faut :
- rincer abondamment à l’eau courante ;
- nettoyer soigneusement avec du savon de Marseille;
- éliminer autant que possible les souillures et les débris ;
- laisser saigner légèrement si la plaie vient d’être faite, sans comprimer brutalement d’emblée si le saignement reste modéré.
L’objectif est simple : diminuer la charge bactérienne inoculée par la salive du chien et réduire le risque infectieux.
Une morsure de chien n’est pas une simple “coupure”. La bouche du chien contient naturellement de nombreuses bactéries. Parmi les plus connues, on retrouve notamment Pasteurella spp., fréquemment impliquée dans les infections rapides après morsure, et plus rarement Capnocytophaga canimorsus, qui peut être responsable d’infections générales très graves chez certaines personnes fragiles.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Ne pas refermer soi-même la plaie avec des bandelettes ou une colle cutanée.
- Ne pas appliquer n’importe quel produit irritant.
- Ne pas attendre “pour voir demain” si la peau a été franchement perforée.
Deuxième étape : consulter rapidement un médecin ou les urgences
Après le lavage, il faut consulter un médecin ou un centre hospitalier rapidement.
Cette consultation sert à plusieurs choses :
- évaluer la profondeur réelle de la morsure ;
- rechercher une atteinte de tendon, de muscle, d’articulation, de nerf ou de vaisseau ;
- décider si un geste chirurgical local est nécessaire ;
- vérifier la vaccination antitétanique ;
- juger de l’intérêt d’un traitement antibiotique ;
- évaluer, dans de rares cas, le risque rabique.
Faut-il toujours des antibiotiques ?
C’est un point qui mérite aujourd’hui d’être précisé.
Pendant longtemps, on a parfois eu tendance à prescrire des antibiotiques presque systématiquement. Les recommandations récentes sont plus nuancées : l’antibioprophylaxie n’est pas automatique pour toutes les morsures de chien.
Elle est surtout envisagée lorsque la morsure présente un risque élevé, par exemple :
- plaie profonde ;
- morsure de la main, du visage ou des organes génitaux ;
- lésion avec écrasement ou dévitalisation tissulaire ;
- retard de prise en charge ;
- personne immunodéprimée ;
- asplénie ( personne qui a subi l’ablation de la rate)
- atteinte importante nécessitant réparation.
Lorsque le médecin estime qu’un antibiotique est utile, le traitement de référence est très souvent l’amoxicilline + acide clavulanique (Augmentin®), précisément parce que cette association couvre bien les bactéries habituellement en cause dans les morsures.
En cas d’infection déjà déclarée, les antibiotiques sont bien entendu indiqués.
Tétanos et rage : il faut y penser
Le médecin vérifiera si la vaccination antitétanique est à jour. Si ce n’est pas le cas, un rappel vaccinal, voire des immunoglobulines (serum), peut être nécessaire selon la situation.
Concernant la rage, le risque reste faible en France et en Belgique dans la vie courante, mais il ne doit pas être ignoré si :
- le chien est introuvable ;
- l’animal provient d’une zone à risque (nombreux cas deja vécus)
- il existe un contexte suspect ;
- les autorités sanitaires ou le médecin le jugent nécessaire.
Dans ce cas, le médecin orientera vers la conduite adaptée.
Troisième étape : vérifier le statut du chien mordeur
Il faut interroger rapidement le propriétaire du chien mordeur.
Les points importants sont :
- l’identité du propriétaire ;
- le statut vaccinal antirabique si pertinent ;
- les circonstances de la morsure ;
- l’état de santé apparent du chien ;
- la possibilité de faire examiner l’animal par un vétérinaire sanitaire.
La surveillance du chien mordeur
En France, un chien mordeur doit être placé sous surveillance sanitaire vétérinaire pendant 15 jours.
Cette surveillance comprend 3 visites chez le même vétérinaire sanitaire :
- dans les 24 heures suivant la morsure ;
- au plus tard le 7e jour ;
- le 15e jour.
C’est un point important à actualiser : on ne parle pas simplement de “3 visites à 8 jours d’intervalle”, mais bien d’un calendrier réglementé destiné à évaluer le risque rabique.
Si le chien est inconnu, errant ou impossible à retrouver, il faut le signaler immédiatement au médecin, car cette information peut modifier la prise en charge.Il est également conseillé de signaler la morsure à la police, à la gendarmerie ou à la mairie (commune), afin de faciliter la recherche de l’animal et de prévenir un nouveau risque pour le public
Pourquoi une morsure de chien peut-elle être grave ?
On pense souvent d’abord à la douleur ou à la peur, mais les complications peuvent être de plusieurs ordres.
Complications locales
- infection de la plaie ;
- abcès ;
- cellulite ;
- atteinte d’un tendon ou d’une articulation ;
- séquelles cicatricielles ;
- perte de sensibilité en cas d’atteinte nerveuse.
Complications générales
Plus rarement, certaines bactéries peuvent provoquer une infection généralisée.
C’est surtout le cas avec Capnocytophaga canimorsus, une bactérie présente dans la flore buccale du chien. Les formes graves concernent davantage les personnes immunodéprimées, alcoolodépendantes, aspléniques ou fragiles sur le plan médical. Cette bactérie est rare, mais il est utile de la connaître car son évolution peut être redoutable.
Les personnes à risque de complication
Certaines personnes doivent consulter encore plus vite :
- les enfants ;
- les personnes âgées ;
- les patients diabétiques ;
- les personnes immunodéprimées ;
- les patients sous chimiothérapie ou corticothérapie au long cours ;
- les personnes privées de rate ;
- les personnes porteuses de maladies chroniques importantes.
Chez elles, une morsure apparemment modeste peut évoluer plus rapidement vers une infection sévère.
Infographie conseils pour personne mordue

Les signes d’alerte qui doivent faire consulter en urgence
Il faut reconsulter sans tarder si l’un des signes suivants apparaît :
- douleur qui augmente ;
- rougeur qui s’étend ;
- gonflement ;
- écoulement purulent ;
- fièvre ;
- difficulté à bouger un doigt, une main ou un membre ;
- perte de sensibilité ;
- traînées rouges sur la peau ;
- malaise général.
Une morsure de la main mérite toujours une vigilance particulière, car les espaces anatomiques y favorisent la diffusion rapide de l’infection.
Ce que les données récentes nous apprennent
Les publications récentes confirment plusieurs points utiles en pratique :
- toutes les morsures de chien ne nécessitent pas d’antibiotiques préventifs ;
- en revanche, une plaie infectée doit être traitée sans tarder ;
- les morsures de la main, du visage ou chez les personnes fragiles justifient une attention renforcée ;
- le lavage immédiat de la plaie reste un geste majeur, simple mais capital ;
- les bactéries du genre Pasteurella sont fréquentes dans les morsures de chien, tandis que Capnocytophaga canimorsus reste plus rare mais potentiellement dramatique.
On estime que les Pasteurella sont retrouvées dans environ 50 % des morsures de chien. Cette donnée explique pourquoi une aggravation locale rapide dans les heures suivant la morsure doit toujours alerter.
En pratique : le bon réflexe en 3 temps
Pour résumer la conduite à tenir :
- Laver immédiatement et abondamment la plaie à l’eau et au savon.
- Consulter rapidement un médecin ou les urgences pour évaluer les dégâts, le risque infectieux, le tétanos et, si besoin, la rage.
- Identifier le chien mordeur et faire appliquer la surveillance vétérinaire réglementaire.
Un point souvent oublié : analyser les circonstances de la morsure
Au-delà de la prise en charge médicale, la morsure doit aussi amener à s’interroger sur son contexte.
Un chien ne mord pas “sans raison”. Douleur, peur, protection de ressource, irritation, surprise, manipulation inadaptée, troubles comportementaux ou absence de prévention peuvent intervenir.
Cette analyse est importante pour éviter la récidive, protéger l’entourage et, si nécessaire, mettre en place une évaluation comportementale du chien.
Mon conseil sur les morsures de chien
Je conseille vivement de ne jamais sous-estimer une morsure de chien. Même bénigne en apparence, elle mérite au minimum un lavage immédiat et, le plus souvent, un avis médical rapide.
L’objectif est double :
- éviter les complications médicales parfois graves ;
- ne pas passer à côté d’un problème comportemental chez le chien mordeur.
Les gestes simples faits tout de suite sont souvent ceux qui évitent les ennuis ensuite.
Video conseils en cas de morsure de chien
FAQ sur les morsures de chien
Il faut laver la plaie abondamment à l’eau et au savon, puis consulter rapidement un médecin ou les urgences pour évaluer la gravité et le risque d’infection.
Oui, il est conseillé de faire examiner toute morsure de chien, même si elle paraît superficielle, car certaines lésions profondes ou infections ne sont pas visibles au début.
Non, les antibiotiques ne sont pas systématiques en prévention ; ils sont surtout indiqués en cas de plaie à risque élevé ou lorsqu’une infection est déjà présente
Il faut aller aux urgences si la plaie est profonde, si elle touche la main, le visage ou une articulation, si le saignement est important, ou si le chien est inconnu.
Il faut le signaler immédiatement au médecin, car une prise en charge antirabique peut être nécessaire si le chien est errant, inconnu ou suspect. Il est également conseillé de signaler la morsure à la police, à la gendarmerie ou à la mairie, afin de faciliter la recherche de l’animal et de prévenir un nouveau risque pour le public.




