L’instinct de chasseur du chat… vu par une pie un peu trop téméraire

Voici une vidéo montrant une pie venir taquiner, voire agresser, un chat domestique.
Comportement étrange de la part de cette pie, n’est ce pas ?
En tout cas, cette vidéo nous démontre que le chat, même domestique, reste un redoutable chasseur et d’une agilité incroyable.

Dans cet article, je vais profiter de cette scène un peu insolite pour expliquer à la fois , ce que cette situation révèle de l’instinct de chasseur de nos félins et pourquoi certaines pies prennent le risque de s’approcher d’un prédateur comme le chat

 Que fait cette pie au juste ?

Sur la vidéo, la pie :

  • s’approche volontairement du chat ;
  • vocalise, tourne autour, fait des allers‑retours rapides ;
  • semble parfois “attaquer” ou au moins provoquer le chat.

Ce comportement correspond à plusieurs choses possibles, souvent combinées :

  • Comportement de harcèlement/mobbing :
    De nombreuses espèces d’oiseaux adoptent un comportement dit de “mobbing” face à un prédateur (chat, rapace…) : plusieurs individus, ou parfois un seul, s’approchent très près du danger, crient, le survolent et le “poursuivent” pour le pousser à quitter la zone où se trouvent un nid, des jeunes ou une source de nourriture importante.
  • Défense de nid ou de jeunes :
    Chez plusieurs espèces de pies, des études ont montré que l’agressivité envers d’autres animaux est souvent liée à la défense du nid pendant la saison de reproduction.
    Autrement dit : la pie prend un risque calculé pour écarter un prédateur potentiel de ses oisillons.
  • Agression interspécifique “généralisée” :
    Des travaux sur la pie australienne ont mis en évidence des attaques sur d’autres oiseaux, voire sur des mammifères, sans bénéfice évident immédiat, possiblement en lien avec une agressivité territoriale très généralisée.

Dans ce cas, plusieurs hypothèses coexistent donc :

  • la pie défend un nid ou une zone de nourrissage proche ;
  • elle tente d’intimider un prédateur qu’elle a déjà repéré dans le secteur ;
  • son agressivité interspécifique est “exagérée” mais reste dans son répertoire comportemental normal.

 Pourquoi la pie n’a‑t‑elle pas “peur” du chat ?

On pourrait se dire : “Le chat est un prédateur, pourquoi la pie s’en approche‑t‑elle autant ?”.

Chez les pies et d’autres corvidés, on sait aujourd’hui qu’elles :

  • reconnaissent très bien les types de prédateurs (dont le chat domestique) ;
  • sont capables d’évaluer le niveau de risque et d’adapter leur distance de fuite et leur temps de surveillance.

Dans une étude récente sur les pies bleues à ailes azurées, ces oiseaux :

  • passaient plus de temps à observer et surveiller un chat domestique qu’un autre prédateur, signe qu’ils l’identifient comme une menace importante ;
  • modifiaient leur comportement de recherche de nourriture en fonction de ce risque.

En clair :

  • elle mise sur sa rapidité de vol et son agilité pour rester hors d’atteinte… la plupart du temps.
  • la pie sait que le chat est dangereux
  • mais sa motivation (défense du nid, du territoire, d’une ressource) est parfois plus forte que sa peur

Ce que la vidéo montre sur l’instinct de chasseur du chat

Même sans voir la suite de la scène, quelques éléments sautent déjà aux yeux :

  • le chat suit la pie du regard, pupilles dilatées, oreilles orientées vers elle ;
  • son corps se tend, les muscles se préparent au bond ;
  • parfois il abaisse l’avant‑main, fouette de la queue, signes classiques de mise en prédation.

Ces comportements sont typiques de la séquence de chasse féline :

  1. Détection du mouvement (un oiseau qui bouge rapidement dans son champ visuel).
  2. Focalisation du regard et immobilisation du corps.
  3. Approche lente ou bond explosif.
  4. Saisie avec les griffes, morsure au cou ou à la nuque.

Des données récentes confirment que :

  • la domestication n’a presque pas modifié cette séquence instinctive ;
  • même un chat bien nourri continue à chasser ou à “jouer à chasser”, parfois bien au‑delà de ses besoins alimentaires (ce qu’on appelle le “surplus killing”).

Une étude de 2025 rappelle d’ailleurs que :

  • un chat avec un fort instinct de chasse montre un intérêt marqué pour tout mouvement rapide, chasses fréquentes de jouets, cachettes, bonds sur des cibles réelles ou virtuelles (comme le point d’un laser).

Cette vidéo illustre donc parfaitement sa capacité à passer en “mode chasseur” dès qu’un stimulus (ici la pie) déclenche la séquence instinctive.

Le chat domestique : un prédateur très efficace pour la faune

Au‑delà de l’anecdote, les études de ces dernières années rappellent à quel point le chat domestique est un prédateur redoutable pour la faune sauvage.

Quelques chiffres marquants :

  • En France, on estime qu’un chat domestique bien nourri capture en moyenne 30 proies par an, contre 270 pour un chat errant et plus de 1 000 pour un chat haret.
  • Les proies sont surtout des petits mammifères (environ 2/3), puis des oiseaux (environ 1/5), puis des reptiles.
  • Certaines synthèses internationales évoquent 1,3 à 4 milliards d’oiseaux tués chaque année par les chats aux États‑Unis uniquement ( impressionnant,non?) ​

Différence entre un chat errant et un chat haret

La différence entre un chat errant et un chat haret (ou chat sauvage/feral) est surtout une question d’origine, de relation avec l’humain et de degré de socialisation.

Chat errant

Un chat errant est, en pratique, un chat domestique (race ou croisé) qui vit dehors, mais qui a été socialisé avec les humains.

  • Il a souvent eu un foyer, une famille, puis a été perdu, abandonné ou a fui.
  • Il peut être craintif, mais il reste en général approchable : il accepte parfois la nourriture, se laisse parfois caresser, et peut être adopté si on prend le temps.
  • Il peut être identifié (puce ou tatouage) ou non, et circule souvent près des habitations.

En gros : c’est un “domestique devenu dehors”, pas vraiment sauvage.

Chat haret (chat sauvage / chat feral)

Le chat haret (ou chat sauvage/feral) est un chat domestique qui a retourné à l’état sauvage, souvent né et élevé dans la nature, sans contact humain stable.

Attention : il ne faut pas le confondre avec le chat sauvage européen (Felis silvestris silvestris), qui est une espèce distincte, protégée, vivant en forêt et n’ayant jamais été domestiqué.Il vit en groupe ou en solitaire, très méfiant, et fuit généralement les humains.

Il est difficile, voire impossible, à adopter : on ne peut pas vraiment le “domestiquer” de nouveau.

En Belgique, une analyse de centres de soins pour oiseaux a montré que :

  • environ 15% des blessures ou décès d’oiseaux admis étaient liés à la prédation par des chats.

Des travaux plus récents sur les chats et la biodiversité en France et en Europe confirment :

  • un impact réel des chats libres (propriétaires ou errants) sur les petites populations de vertébrés, surtout en période de reproduction ;
  • une prédation plus intense chez les jeunes chats, les individus très actifs et ceux ayant un large accès à l’extérieur.

 Pourquoi certains chats “chassent plus” que d’autres ?

Même si tous gardent un instinct de chasseur, plusieurs facteurs modulent la fréquence et l’intensité de la chasse :

  • Âge 
    Les jeunes chats ramènent plus souvent des oiseaux, des musaraignes et des reptiles.
  • Sexe et statut reproducteur 
    Les femelles en gestation ou en lactation peuvent chasser davantage, sans doute pour couvrir des besoins énergétiques accrus.
  • Accès à l’extérieur 
    Les chats ayant libre accès au jardin et aux milieux naturels capturent plus de proies que ceux vivant strictement en intérieur.
  • Environnement 
    La richesse en proies autour de la maison et la présence d’abris (haies, buissons) favorisent la prédation.
  • Stimulation à la maison 
    Un chat très stimulé par le jeu (prédateurs artificiels : cannes, jouets plume, circuits de balles) pourra parfois décharger une partie de son instinct sur ces supports plutôt que sur la faune sauvage.

La vidéo de la pie et du chat montre un individu qui :

  • démontre cette “agilité incroyable” même s’il ne part pas forcément à la capture
  • possède un fort réflexe de poursuite
  • réagit immédiatement au mouvement de l’oiseau

6. Que ressent le chat dans ce type de scène ?

Pour le chat, ce genre de situation est avant tout :

  • extrêmement stimulant : mouvements rapides, sons aigus, déplacements imprévisibles ;
  • parfois frustrant : l’oiseau reste hors d’atteinte, s’échappe au dernier moment.

Cette combinaison excitation + frustration est très proche de ce que l’on observe avec les pointeurs laser (stimulation forte, mais impossibilité d’attraper réellement une “proie”), ce qui peut créer un certain stress si on n’achève pas la séance par un jouet tangible.

Dans cette vidéo, le chat :

  • est en état de vigilance élevée ;
  • doit en permanence recalculer la trajectoire possible de la pie ;
  • reste malgré tout limité par la vitesse de vol de l’oiseau, ce qui évite souvent la capture.

Cette scène est‑elle “normale” pour la pie comme pour le chat ?

Du point de vue éthologique, rien n’est vraiment “anormal” dans cette interaction.

Pour la pie :

  • l’approche agressive d’un prédateur pour le repousser de la zone est un comportement décrit chez plusieurs espèces, parfois très spectaculaire (attaques sur des humains, des chiens ou d’autres oiseaux).
  • le risque est réel, mais l’avantage (protéger les jeunes, sécuriser le territoire) compense souvent.

Pour le chat :

  • la réaction de prédation est parfaitement conforme à son répertoire comportemental ;
  • cette scène illustre bien le fossé entre son statut de “petit compagnon de salon” et sa réalité de carnivore spécialisé.

On peut donc voir ta vidéo comme :

  • un petit cours de comportement animal en accéléré ;
  • où l’instinct de chasseur du chat et l’instinct de défense/agression de la pie se rencontrent.

.Que retenir pour les propriétaires de chats ?

Cette vidéo rappelle quelques points importants pour les propriétaires :

  • Votre chat restera toujours un prédateur, même nourri avec la meilleure alimentation du monde.
  • Les oiseaux (dont les pies) ne se trompent pas : ils reconnaissent le chat comme une menace potentielle et adaptent leurs comportements en conséquence.
  • Pour limiter l’impact sur la faune sauvage, des organisations de protection de la nature recommandent notamment :
    • des périodes de confinement (surtout à l’aube et au crépuscule, en période de reproduction) ;
    • des clochettes ou collerettes spécifiques, même si leur efficacité n’est pas totale ;
    • un environnement riche en jeux de chasse simulée à la maison

Dites moi ce que vous en pensez dans les commentaires , êtes vous sensibilisé par la réduction du nombre d’oiseaux dans votre envirronement?

FAQ

Qu’est‑ce que l’instinct de chasseur du chat ?

L’instinct de chasseur du chat est un programme de comportement inné, hérité du chat sauvage, qui pousse même un chat bien nourri à repérer, poursuivre, saisir et parfois tuer des proies. Ce réflexe persiste malgré la domestication et reste très présent dans la plupart des chats domestiques.

Pourquoi mon chat chasse alors qu’il est bien nourri ?

Même bien nourri, un chat suit un comportement instinctif lié non pas à la faim, mais à l’excitation sensorielle (mouvement, bruit, odeur). Chasser répond à un besoin de stimulation, de jeu et de “succès” comportemental, et non à une sensation de faim. On parle parfois de “surplus killing” dans ce cas.

Quelle est la différence entre le jeu et la vraie chasse ?

Le jeu de chasse imite la séquence de chasse (détection, approche, bond, saisie) mais se termine souvent sans blessure de la proie. La vraie chasse, elle, se termine par une saisie efficace et parfois la mort de l’animal. Les signes de vraie chasse incluent : regard fixe, corps tendu, oreilles tournées, mouvements silencieux, puis saut explosif.

Mon chat ne chasse pas : est‑ce normal ?

ui, c’est normal. Certains chats ont un instinct de chasse limité ou fortement inhibé par la socialisation, l’environnement (tout en intérieur) ou leur personnalité. Leur comportement est alors orienté vers le jeu, la détente ou l’exploration, sans pulsion de prédation visible. Tant que le chat est sain comportementalement, il n’y a pas de problème.

Comment canaliser l’instinct de chasseur de mon chat ?

On peut canaliser cet instinct en :
-jouant au moins 2 fois par jour avec des jouets de type “prédateur” (canne à plume, jouets mobiles, balles motorisées) ;
-proposant des jeux d’apesanteur (harnais, clicks training) ;
-structurant des séances de jeu courtes mais intenses, terminées par la “capture” d’un jouet (fois récompense, friandise).
Cela réduit le stress et diminue la tentation de chasser la faune sauvage.

Est‑ce grave que mon chat rapporte des proies ?

Oui et non. Sur le plan médical, rapporter des oiseaux, souris ou reptiles expose le chat à :
– parasites (vers, protozoaires) ;
– infections (bactéries, virus transmis par les proies) ;
– micro‑blessures ou griffes plantées.
Sur le plan éthique/environnemental, cette chasse peut impacter la faune de voisinage, surtout pendant la reproduction des oiseaux ou des petits mammifères.

Faut‑il punir mon chat quand il chasse ?

Non, il ne faut pas punir un comportement instinctif. Punir peut seulement :
– générer du stress et de l’anxiété ;
– détériorer la relation avec le propriétaire.
Il est préférable de réorienter ce comportement vers des jouets adaptés et de limiter l’accès à la faune sauvage.

Dr Patrick

Dr Patrick

À propos de l'auteur

Dr Patrick Deltour , Docteur vétérinaire diplômé de l'École Nationale Vétérinaire de Liège ,fort de 35 ans d'expérience en clientèle mixte et canine. Aujourd'hui consultant et auteur de guides vétérinaires pratiques, il met son expertise au service des propriétaires d'animaux pour démystifier les pathologies courantes et émergentes. .Les articles sont rédigés sur la base de la pratique clinique de l'auteur et des données scientifiques disponibles jusqu'à ce jour . Il ne remplace pas une consultation vétérinaire.

4 commentaires

  1. Pauvre pie. Triste fin.Je pense avoir l’explication.C’est un couple de pies qui protège leur nids , on aperçois le 2 ème oiseau brièvement voler du toit au buisson qui doit abriter le nid juste près que la pie se soit fait attrapé.Le minet, d’ailleurs, m’avait l’air déjà d’y épier quelque chose…

  2. Comportement vu envers mon propre chat qui avait choppé un oisillon (que nous avons heureusement pu sauver). Une fois le petit un peu plus loin, la mère est venue le narguer (de moins près que cette idiote de pie) histoire qu’il s’intéresse à elle et pas au petit!

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